A toi, encore. Toujours. Celle là.
Celle que je regarde fuir en hochant la tête. Ca me fait de la peine, de te regarder te battre avec rien, tordre des pas déjà noueux dans le couloir trop long, à fuir les regards, les miroirs, les photos.
Tu te souviens ? Déchirer les sourires dans le silence trop proche. Non, bien sûr : c'est trop loin, tout ça. Je te raconte, alors ? Qu'on te dise autre chose, pour une fois, que des conseils comme quoi tu ne dois pas rester seule dans ton coin à te morfondre, ou tenter de penser à autre chose. Bah avant, justement, je me rappelle, moi, tu pensais tout le temps à autre chose. Le problème, maintenant, c'est que t'es plus capable de te défocaliser de "ça".
Et tu dramatises, et tu cours, et tu comptes tes pas, tes soupirs, tes gestes, quand tu craques, quand tu t'agrippes à ton propre visage, comme en voulant t'arracher les paupières. Comme si ça sera jamais pire. Mais tu en as besoin, hein, de tes paupières. Ca t'aide, quand tu veux fermer les yeux sur les trucs moches. Allez, souris, on est complices, pour les trucs moches. Je subis autant que toi.
Ca devrait te rassurer, d'entendre les même discours qu'autrefois.
Mais je suis aussi minablement pitoyable que toi, Chloée... Je parle comme les vieux, à penser en regardant les gens, insouciants, têtes en l'air, qui ne savent pas, en me mordant la bouche. Je mords tellement loin que je pourrais avaler ma joue de travers.
Souris, merde.
[...]
Oui, en fait, non, cache ta bouche.
Alors on ira dans un monde sans couleurs, sans sable, sans feu, sans danse, sans lions, sans café. C'est ça que tu veux ? Rien à voir, que tu dis. Ah.
Pas de rapports ou simplement, un monde oû il n'y a rien à voir.
Simplement, que tu répètes doucement.
Ouais, me regarde pas comme ça, j'aurais pas du, j'ai compris, j'ai parlé un peu vite...
Bon. Disons... On crève les yeux de tout le monde ?
Comment ? Hein ? Ah...
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Elle se lèverait, comme ça, et danserait, faisant voler les cendres du feu. Qui se noieraient dans les yeux des autres. Aveugle, on ne juge pas.
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J'avais dit, avant "ça" - si vous saviez comme ça m'énerve d'en parler comme d'une maladie. - j'avais dit, alors que quand j'étais triste, il me fallait des couleurs.
Mais, au bout du compte, quand je suis triste, je suis blanche comme une infortunée, et pour les autres, tout est gris. Gris comme la cendre, comme quand quelqu'un danse.
Bof, l'illusion, la tombe des bienheureux.
Qu'elle a dit.